Textes
Réhabilitation du Fylfot
(première édition dans l’ORB n°93 - Janvier 1990)
Un des signes les plus vénéré de notre religion, un des symboles les plus universel des aspirations spirituelles de l’humanité, et pourtant un des plus passionnément controversé, est sans aucun doute le fylfot, plus communément connu sous le nom de swastika. Cet emblème a été utilisé depuis des temps immémoriaux dans des temples païens, dans des églises chrétiennes et même dans des synagogues.
Le Panthéon Romain était à l’origine orné tout du long de son entablement d’un motif de fylfot or et bleu, dont une partie est préservée au British Museum. La mosaïque du plancher de la cathédrale de Canterbury intègre le même symbole. En effet il n’y a guère de nations en Europe, de l’Espagne à la Finlande de l’Irlande à Chypre , qui ne nous fournissent pas un exemple de son usage. Pour les Hindous, c’est leur symbole le plus sacré; pour les Bouddhistes un emblème de l’illumination; pour les Lamaïstes du Tibet c’est un mantra sacré et pour les adhérents de Cao Dai au Vietnam le symbole particulier de leur foi. Nous ne pouvons pas non plus fermer les yeux sur son utilisation religieuse par les peuples natifs de tout le Nouveau Monde, des Aztèques au Aléoutiens, et dans la magie animiste des Ashantis et d’autres tribus africaines, donc nous devons supposer que ses origines se trouvent dans une création spontanée de la culture indigène plutôt que dans des influences extérieures.
Le plus ancien vestige de fylfot, toutefois, se trouve sur les terres du Nord, sur la pierre gravée d’Hällristningar en Suède, qui date de l’âge du bronze et, dans notre pays, à Ilkley Moor dans le Yorkshire où une gravure inhabituelle d’un fylfot « pointé » date de la même époque. Ces anciennes roches gravées nordiques, qui contiennent de nombreux autres motifs à côté, ont clairement des significations magico-religieuses et peuvent très bien être regardées comme les précurseurs des runes.
Tout comme les origines des runes sont contestées, il est aussi discutable de savoir si le fylfot pré-runique a laissé sa trace dans le nom et la forme de la seizième rune du futhark germanique, Sowilo. Les rationalistes peuvent être tentés d’expliquer l’origine de cette rune comme une adaptation rectiligne de la lettre romaine « S » ou de son équivalent Nord Italique. Pourtant cela laisse sans explication deux coïncidences troublantes: premièrement nous avons ce qui est clairement un demi fylfot qui, étant le signe du soleil, nous marque par sa comparaison au symbolisme pré-runique; et deuxièmement, la valeur phonétique de la lettre romaine, qui elle même n’a aucune connotation solaire, autorise l’expression d’une signification solaire dans le nom donné à la rune équivalente.
Pour en revenir au fylfot, diverses interprétations de son utilisation symbolique parmi nos ancêtres ont étés mises en avant. Pour certains, il est le symbole de l'univers tournant autour de l’axe universel, Yggdrasil. Pour d'autres, il est équivalent au signe du marteau de Thor, plus généralement identifié avec le tonnerre et la foudre. L’interprétation la plus largement acceptée est celle de la roue solaire, une variante de la croix celtique, qui est une croix dont les deux branches ont une longueur égales dans un cercle, et qui ainsi démontre la course sans fin du soleil dan le ciel. Le soleil est vénéré car il est le garant de l’ordre et de la vie, de l’ordre, parce que la rotation immuable du soleil est le plus sûr indicateur que le cosmos opère conformément à des principes réglés et établis; et de la vie, parce que le soleil est la source de toute chaleur et lumière, sans lesquelles le monde deviendrait une terre aride et stérile.
Le fylfot symbolise donc tout ce qui est bon, positif et donne de l’espoir dans la création, et tout ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue et qui la rend possible. Il est dit dans les périodes de chagrin que « les brouillards de la vie s’en iront », et dans les périodes de joie, que « la vie est digne d’être vécue ». La même idée est exprimée en Sanskrit dans le mot « swastika », qui signifie littéralement « bien-être » ou « tout va bien ». Armé de ces connaissances, nous seront plus aptes à expliquer le sens sacré de ce symbole particulier de notre religion à ceux qui ne le connaissent pas mieux. Notre peuple est ancré dans l’ignorance de ses origines et de son héritage. Notre but n’est pas de les blâmer, mais de les éduquer et de les restaurer à leur légitime héritage. Cette tâche énorme ne pourra être accomplie que si nous agissons avec tact, jugement et sensibilité. Le fylfot, tout comme les runes, adopte une nature secrète, utile pour le sage, inutile pour les masses décadentes et ignorantes.
Un symbole, après tout, quel qu’il soit , signifie ce que l’on comprend de lui. Si pour les vétérans il signifie l’ennemi qu’ils ont combattu durant la dernière guerre, si pour les veuves de guerre il symbolise la cause de leur perte, alors c’est ce qu’il représente pour eux, indépendamment de ce qu’il peut signifier pour les Odinistes. Ainsi en l’affichant avec insouciance au lieu d’éduquer nos gens pour qu’ils comprennent son sens originel et spirituel, nous aliénons seulement ceux que nous cherchons à conquérir.
Les Odinistes doivent être prévenus qu’ils sont responsables de leurs actions vis-à-vis de toute la communauté odiniste. Car c’est à nous qu’appartient la tâche de réhabiliter et de revaloriser l’ancien symbole du fylfot sacré.
Traduction Seb AOR: source