Textes
Tyr
Père, Protecteur, Pourvoyeur
Tyr a très souvent été mal compris et même encore plus souvent perverti. Les romains l’ont de manière simpliste assimilé à leur dieu de la guerre, Mars. Par conséquent Tiw, comme les Anglo-Saxons l’ont appelé, a eu l’honneur de donner son nom au mardi (Tuesday), mais autrement il est négligé par beaucoup qui trouvent son côté militaire embarrassant.
Même les universitaires sont déconcertés par Tyr. Ils banalisent notre religion en suggérant qu il est un dieu « qui est descendu dans le monde ». Brian Branston, dans « The Lost Gods of England », dit que Tiwaz, qui est le nom de Tyr en germanique ancien, est « descendu dans l’échelle sociale et n’a plus été considéré au cours des dernières années en tant que Père du ciel par les tribus du nord-ouest de l’Europe mais a été réduit à un dieu de moindre importance, un dieu de la guerre et des soldats ».
H R Ellis Davidson, dans « The Gods of Northern Europe », convient « qu’il est probable que Tiwaz était le dieu suprême des Germains ainsi que leur dieu de la bataille , bien que Odin aie principalement pris la place de Tiwaz à la fin de la période païenne ». A cette analyse , Ellis Davidson, ajoute l’idée improbable que les anciens germains considéraient la guerre comme une sorte de cour de justice divinement arbitrée. En comparant Tyr, dieu de la justice au « Seigneur des Armées », elle montre ses influences Judéo-chrétiennes.
Mais qui est donc Tyr? En vieil Anglais il était Tiw ou Tig, en allemand Ziu, en germanique primitif Tiwaz. Le peu que nous connaissons à propos des tribus qui ont parlé les langues maternelles Indo-européennes plus ou moins 2’500 avant l’ère commune suggère qu’ils adoraient un dieu en chef, le dieu du Ciel, appelé Dieus ( ce qui signifie simplement « dieu ») ou Dieus-p’ter (qui signifie « dieu le père »), et une Mère Terre, putativement appelée Dieu-mater (« déesse-mère »). Elle a donné son nom à Da Mater ou Demeter en grec, qui est apparenté avec Diu-no ou Juno en latin. Son nom n’a pas survécu en germanique, mais bien sûr l’archétype de la déesse-mère l’a fait.
L’Odinisme n’est pas une religion universaliste, mais qui peut nier que l’archétype du père tout comme celui de la mère, est la base de la pensée religieuse organique en tous temps et en tous lieux? Le
Le dieu-père a t’il persisté de la période indo-européenne jusqu’au temps de Tacite, puis a soudainement disparu uniquement chez les germains, comme le suggère les universitaires, et pour être remplacé par un dieu de la guerre du même nom? Est-ce que les polythéistes ne reconnaissent qu’un seul dieu du ciel?
Odin est le plus éphémère et le plus immatériel des dieux du ciel, le dieu du ciel venteux. Tandis que Thor est le ciel fugace et violent , le dieu de l’éclair et du tonnerre. Mais Tyr - car Dieus implique également l’idée de brillance et d’éclat- est le dieu du ciel clair et lumineux. Tout comme le ciel, Tyr est toujours là, constant et fiable comme un père.
Tyr est le dieu-père, comme son nom le suggère, le dieu de la paternité, la figure du père parmi les dieux. Beaucoup trop d’importance ont été attachée à la question de savoir qui est le dieu en chef. En tant que polythéistes, nous sommes en droit d’avoir des vues différentes sur cette question. Odin a été reconnu comme Allfather et dieu suprême parce que les valeurs qu’il personnifie sont devenues les plus fortement honorées, pas par tous, mais du moins par la plupart des dirigeants et des skaldes du monde nordique.
Indépendamment de son titre, Allfather, les qualités numineuses, mystiques, mystérieuses, poétiques, runiques et inspirées d’Odin ne le caractérise pas comme un archétype paternel. Typiquement le père n’est pas un poète mais un pourvoyeur de besoin, il n’est pas un magicien mais un protecteur, une figure attentionnée et pas un chaman. Odin a sacrifié un œil pour la sagesse; Tyr a sacrifié sa main pour protéger les autres du danger. C’est Tyr qui agit en tant que père.
Les masses se tournent vers le dieu-père en période de besoin. C’est un instinct humain basique, inculqué durant l’enfance. Dans une société patriarcale, comme celle des anciens germains, le père est le chef de famille, le dirigeant de ce microcosme de la société, fixant la loi. C’est son devoir d’instruire les enfants dans la connaissance de ce qui est bien et mal et de ce qui distingue un comportement digne d’éloges d’un comportement punissable.
Ainsi Tyr est le dieu de l’éthique personnelle et publique et il régit tout ce qui s’applique au code éthique. Par conséquent l’inscription « Mars Thingus » ( c’est à dire Mars du Thing), car le Thing est le parlement qui fait les lois et la cour qui les applique. Tyr est le dieu paternel qui met en application la justice de façon à nous protéger et à préserver notre ordre social. Il est un dieu bienveillant et noble, qui nous apprend que l’ordre est mieux que le chaos.
Tyr, le dieu de la guerre et de la victoire, n’était pas le dieu des soldats et des « généraux ». Il n’était pas non plus la simple « déité brutale du massacre », comme le dit Ellis Davidson. Bien au contraire! Certainement que les soldats au cœur de la bataille se tournaient vers lui pour obtenir sa protection. Mais qui a le plus besoin de protection que les sans-défenses? Qui sacrifiait le plus ardemment que les personnes non engagées dans le combat, les femmes et les enfants, les fermiers et les pêcheurs, les serviteurs et les paysans? Qui, après la défaite tombait aux mains de tribus avides de terres, qui était violé, massacré, chassé de leur terres cultivables et condamné à la famine? Qui, par manque de chance était réduit à l’esclavage, à part eux?
La guerre, contrairement à ce qu’affirme Ellis Davidson, n’était en rien une lutte pour la justice, mais un combat pour la survie. Le dieu de la guerre et de la victoire, Sigtyr, comme un père pour son peuple, ses enfants, les gardait contre l’horreur de la défaite. Un bon père peut être sévère mais jamais cruel. Il est le protecteur de la famille et de la tribu.
Une des raisons pour laquelle les universitaires sous-estiment Tyr est qu’il est très peu mentionné dans les Eddas et très peu adoré en Islande (d’où les Eddas nous sont parvenues) ou en Norvège (d’où les Islandais sont venus). Ailleurs, comme de nombreux lieux de noms l’attestent, il était très vénéré pars les masses.
Odin et Tyr sont des dieux très différents. Leurs cultes peuvent ne pas plaire à certaines personnes. L’importance attachée par la société aux attributs que chacun d’eux représentent a varié à travers l’histoire. Mais de déclarer que l’ un a supplanté l’autre c’est ignorer la grande différence entre leurs deux caractères et c’est ignorer la durabilité des archétypes primordiaux.
En tant que polythéistes nous devons comprendre la nécessité des nombreux chemins différents vers la vérité et choisir la voie qui nous convient le mieux.
Traduction Seb AOR: source