Textes
VOLUNDARKVIDA
Le Chant de Völundr
(traduction Renauld-Krantz)
Volant du sud des filles
Franchirent le Bois-Sombre,
Jeunes êtres étranges
Portant la guerre.
Sur la rive d'un lac
Elles se reposèrent
Et les femmes du sud
Filèrent un lin pur.
L'une d'elles, la belle
A la brasse brillante,
Fille des hommes,
Choisit Egil.
La seconde, Svanevite,
Portait plumes de cygne.
Mais la troisième
Des Soeurs ailées
Au blanc col de Volund
S'est enlacée...
Durant sept hivers
Ainsi demeurèrent,
Mais le huitième
Elles se languirent,
Mais le neuvième
Les força de fuir,
De la sombre forêt
Les filles s'affolèrent,
Jeunes êtres étranges
Portant la guerre.
Or de la chasse revenant,
Le tireur qui connaît le temps (Volund),
Par un long chemin
Marchait en avant:
Volund et ses deux frères
Virent la maison vide;
Ressortirent, rentrèrent,
Autour d'eux regardèrent.
D'Olrune à la recherche
Egil alla vers l'est,
Et Slagfid vers le sud
A celle de Svanevite;
Et Volund resta seul
A la Vallée-au-Loup.
Il y forgea l'or rouge
Avec fixes joyaux;
Il les bouclait bien toutes,
Les bagues serpentines.
Ainsi demeurait-il,
Attendant chaque jour
Que la brillante femme
Fît au logis retour.
Or Nidud ouït dire,
Des Niars le souverain,
que Volund vivait seul
A la Vallée-au-Loup.
De nuit ses gens y courent
Dans leurs broignes d'écailles,
Leurs boucliers brillaient
Au blême clair de lune.
Au pignon de la salle,
De selle ils descendirent,
Tout le long de la salle
Ensuite ils s'avancèrent;
Ils virent au cordon
Les clairs anneaux pendus,
Les sept cents au complet
Que possédait cet homme.
Et ils les défirent
Et il les remirent
Un seul excepté,
Qu'ils mirent à part.
Or de la chasse revenant,
Le tireur qui connaît le temps
Par un long chemin
Marchait en avant.
Volund voulait cuire
De la viande d'ourse;
Haut flamba le pin,
Le fagot tout sec,
Le bois, devant Volund,
Au vent séché.
Il compta les anneaux,
Assis sur la peau d'ours,
Le prince des alfes;
Un d'entre eux manquait;
Il crut que la fille
De Clovis l'avait,
Le jeune être étrange,
Qu'elle était de retour.
Il resta tant assis
Ainsi qu'il s'endormit;
Mais il se réveilla
Privé de joie:
Il se sentit aux mains
D'étroites entraves,
une pesante chaîne
Aux pieds attachée.
Volund:
"Quels sont les chefs
Qui m'ont chargé
De cordes d'écorces
Et m'on enchaîné?"
Lors Nidund s'écria,
Des Niars le souverain:
"Où donc as-tu volé,
Volund, guide des alfes,
cet or qui est à nous
Dans la Vallée-au-Loup?"
Volund:
"Ici l'or n'était point
Sur la piste de Grani
Je croyais notre pays loin
Des pentes du Rhin.
Nous avons possédé,
Je pense, plus de biens,
Quand mon épouse et moi vivions
Sains et saufs à la maison."
Dehors était la fine
Femme de Nidund,
Et elle s'avança
Tout le long de la salle,
Et sur le sol debout,
A voix basse elle dit:
"Il n'a point sujet de rire
Celui qui rentre du bois.
Quand il voit le glaive,
Il grince des dents,
Au doigt de Bodvilde (fille de Nidud)
Quand la bague brille.
Ses yeux comme ceux
Du serpent scintillent.
Des fermes tendons
tranchez-lui la force
Et le reléguez
A Lieu-de-Mer (Saevarstad)."
Volund:
"Au flanc de Nidud
Fulgure le glaive,
Dont j'affûtai
De tout mon art le fil
Et que je trempai
Du mieux que je pus.
L'étincelante épée,
Je la perds pour toujours.
A la forge de Volund
Ne la voit plus portée!
Bodvilde à présent
De la bague rouge
De mon épouse se pare,
Sans qu'on m'en paye le prix."
Il était assis sans repos,
Sans trêve frappait du marteau( Il se forge des ailes qui lui permettront de s'échapper)
Bientôt contre Nidud
Il ourdit une intrigue.
Les deux jeunes fils
De nidud allèrent
Contempler les trésors
A Lieu-de-Mer.
Ils courent au coffre,
Réclament la clef.
Ouverte était la ruse
Où leurs regards plongèrent.
Force étaient là parures,
Aux garçons qui parurent
Être d'or rouge
Et de Joyaux.
"Venez seuls tous deux!
Venez un autre jour!
Je vous ferai don
De cet or.
Que ni valets de salle
Ni servantes ne sachent,
Âme qui vive,
Que vous venez me voir!"
Les garçons s'appelèrent
De grand matin l'un l'autre,
Le frère dit au frère;
"Allons voir les anneaux!"
Ils courent au coffre,
Réclament la clef.
Ouverte était la ruse
Où leurs regards plongèrent.
Alors il trancha
La tête aux oursons
Et sous la fange des fers
Il enfouit leurs pieds.
Ces coupes (les crânes) cependant
Qui sont sous les cheveux,
Il les garnit d'argent,
Les remit à Nidud,
Puis il fit des prunelles
Des pierres précieuses
Qu'il offrit à la fine
Femme de Nidud,
Puis avec les dents
Des deux jeunes gens
Il forgea pour Bodvilde
Des broches de corsage.
Bodvilde alors se prit
A vanter la parure,
A Volund la porta
Quand elle l'eut brisée:
"A nul n'ose le dire,
Si ce n'est à toi seul."
Volund:
"Maintenant j'ai tiré
Pour tous mes maux vengeance
- Tous si ce n'est un seul -
De l'assoiffé de crimes (Nidud).
Je voudrais, dit Volund,
Recouvrer les tendons
Que m'ont ravis
Les guerriers de Nidud."
En riant Volund
Vola dans les airs.
En pleurant Bodvilde
S'en revint de l'île:
La fureur du père et la fuite
De son amant la peinaient.
Dehors était la fine
Femme de Nidud
Et elle s'avança
Tout le long de la salle:
Mais lui (Volund) s'était assis
Sur l'enclos de la salle.
"Veilles-tu, Nidud,
Souverain des Niars?
- Sans trêve je veille,
Privé de toute joie,
Je ne dors plus depuis
Que j'ai perdu mes fils.
De glace est mon cerveau,
Glacés sont tes conseils;
Je voudrais à présent
Parler à Volund.
Réponds-moi donc, Volund,
Prince des Alfes:
Que sont devenus
Mes garçons en fleur?
- Tu dois auparavant
Prêter tous les serments,
Sur le bord du bateau,
Sur l'orbe de l'écu,
L'épaule du cheval
Et le fil de l'épée,
Que tu ne supplicies
L'épouse de Volund,
Que mon amante
A la mort n'ira point,
Eussé-je une femme
Qui fût connue de toi,
Eussé-je un enfant
Sous ton toit!
Rends-toi donc à la forge,
Celle que tu fis faire.
Là tu trouveras
Tronc couvert de sang;
C'est là que je tranchai
La tête à tes oursons
Et sous la fange des fers
Que j'enfouis leurs pieds.
Ces coupes cependant
Qui sont sous les cheveux,
Je les garnis d'argent,
Les remis à Nidud,
Puis je fis des prunelles
Des pierres précieuses
Que j'offris à la fine
Femme de Nidud,
Puis avec les dents
Des deux jeunes gens
Je forgeai pour Bodvilde
Des broches de corsage.
Bodvilde à présent
Porte un enfant,
Votre unique fille
A vous deux.
- Jamais tu n'as dit de paroles
Qui m'aient fait plus de peine,
Jamais non plus je n'ai voulu,
Volund, davantage te nuire.
Mais il n'est point d'homme assez grand
Pour de là-haut t'abattre,
Toi qui planes
Près des nuages!"
En riant Volund
Vola dans les airs
Et Nidud sombrement
Le suivit de l'oeil.
Lors Nidud s'écria,
Des Niars le souverain:
"Lève-toi donc, Thakkrad,
Mon meilleur serviteur,
Prie Bodvilde, la fille
Dont les sourcils brillent,
De venir bien parée
A son père parler!
Est-ce vrai, Bodvilde,
Ce que l'on m'a dit:
Avez-vous, Volund et toi,
Ensemble couché dans l'île?
- C'est vrai, Nidud,
Ce qu'il t'a dit:
Nous avons, Volund et moi,
Ensemble couché dans l'île
Un seul jour de malheur
Qui n'eût point dû venir!
A lui point du tout
Je ne sus résister,
De lui point du tout
Je ne pus me garder."